Sources de cet article : JA Kyoto (Japan Agricultural Cooperative Kyoto), ITC (International Tea Committee), Food Dive (citant des données JA Kyoto), Ooika.es, Tezumi.es.

Les chiffres exacts

La récolte de tencha dans la préfecture de Kyoto est passée de 1 127 tonnes en 2024 à 939 tonnes en 2025, soit -19 % sur le total de la première levée. Le segment le plus touché est le tencha cueilli à la main à Uji : de 10 216 kg en 2024 à 6 140 kg en 2025, une baisse de 40 % en volume.

Le prix moyen du tencha de première levée à la vente aux enchères de JA Kyoto est passé d’environ 5 400 yens le kilo en 2024 à plus de 20 000 yens en 2025, soit +265 %, que les analystes de l’ITC ont qualifié du plus fort ajustement de prix en une seule saison de l’histoire documentée du marché du tencha.

Le tencha récolté à la machine a lui aussi bondi : de 5 411 à 14 141 yens/kg (+161 %). Le matcha cérémonial de grade standard n’est pas à l’abri : il encaisse simplement avec un léger décalage, parce que les stocks accumulés pendant les mois creux amortissent un temps.

Les causes : ce n’est pas une seule chose

Les médias résument souvent la crise du matcha à « une mauvaise récolte à cause de la météo ». La réalité est plus complexe, et plus inquiétante, parce qu’elle met en jeu des facteurs structurels qui ne se règlent pas en une saison :

Facteur 1 : le climat et les anomalies météo

Le printemps 2025 a été particulièrement doux à Kyoto en février et en mars, d’où un débourrement très précoce. Quand les gelées tardives d’avril sont arrivées, les jeunes pousses étaient déjà exposées. Les pertes ont surtout touché les parcelles d’Uji, dont les versants nord sont plus vulnérables à ce type d’épisode.

L’été 2024 a aussi joué : les températures extrêmes ont réduit l’accumulation de nutriments dans les feuilles de la dernière récolte, ce qui a pesé indirectement sur la qualité et le volume du débourrement du printemps suivant.

Facteur 2 : le vieillissement des producteurs

L’âge moyen des producteurs de tencha à Uji dépasse 60 ans. La transmission pose problème : cultiver le tencha demande un savoir accumulé sur des décennies, et beaucoup de familles n’ont pas de relève. Chaque année sans transmission, des parcelles restent tout simplement non travaillées au printemps.

Facteur 3 : une demande mondiale qui explose

Le marché mondial du matcha a progressé de plus de 80 % en trois ans. La demande aux États-Unis, en Europe et en Australie croît plus vite que la production japonaise ne peut suivre. La Chine augmente sa production pour absorber une part de cette demande, mais le matcha cérémonial japonais de première récolte n’a pas de substitut fonctionnel dans le haut du marché.

Facteur 4 : les droits de douane de 2025

La politique commerciale internationale de 2025 a ajouté de la pression. Les importateurs européens qui, jusqu’en 2024, accédaient au tencha directement depuis le Japon ont rencontré de nouvelles barrières douanières qui ont renchéri le produit à l’origine, avant même les coûts de transport et de distribution.

Ce que cela change pour l’acheteur en Europe

Pour qui achète du matcha cérémonial régulièrement en Europe, les conséquences sont directes, avec un décalage de 6 à 12 mois entre la crise de production et le rayon :

  • Les prix des Uji de première récolte ont augmenté de 20 à 40 % sur le marché européen depuis début 2025.
  • Certains lots précis de cultivars premium (Gokou, Asahi) sont épuisés, sans réapprovisionnement prévu avant la récolte 2026.
  • Les importateurs se tournent davantage vers Nishio et Kagoshima pour tenir les prix, ce qui peut vouloir dire que certains matchas étiquetés « Uji » en Europe contiennent des assemblages venus d’autres régions.

La Chine comme variable d’ajustement

La crise de production est propre au Japon et n’atteint pas la Chine. Au contraire : les producteurs de Jingshan, du Guizhou et du Fujian augmentent leurs volumes et montent en qualité précisément pour capter la demande que le marché japonais ne peut pas servir. Dans le segment cérémonial de milieu de gamme, un matcha chinois de qualité est une alternative légitime, comme nous le soutenons depuis le début.

Perspective 2026 et au-delà

La crise de 2025 n’est pas ponctuelle. Les facteurs structurels, vieillissement des producteurs, climat, pression de la demande, ne se règlent pas en une saison. Le marché du matcha cérémonial japonais de première récolte sera un marché de pénurie croissante et de prix élevés. Qui veut y accéder régulièrement devra soit assumer ce coût, soit élargir son critère de qualité à des origines alternatives comme Kagoshima et les meilleurs producteurs chinois.